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32 Thinking the Future III
Perfection du travail manuel
Qu’il s’agisse d’exécuter des éléments en relief ou de mélanger
à la main des peintures produites dans le laboratoire
de la manufacture, l’expérience du personnel se nourrit de
plus de trois siècles de savoir-faire.
n’est pas uniquement impliqué dans les aff aires et le management
mais également dans l’histoire de l’art. « Cela fait partie
de la culture générale », dit-il. Il a découvert que dans l’histoire
de la manufacture, les directeurs ne se sont pas occupés
exclusivement de bilans et de logistique. Ils ont toujours exercé
une grande infl uence sur l’orientation artistique de l’entreprise.
Lui-même, tel un chef designer, ne manque pas de suggérer
l’utilisation de nouvelles couleurs et de formes originales. « J’ai
le nez creux quand il s’agit de deviner ce qui aura du succès sur
le marché. »
Malgré la poussière sur son lieu de travail, Christian
Kurtzke porte toujours des costumes coupés près du corps,
avec un pin’s au revers représentant les épées croisées qui sont
le logo de la manufacture. Les responsables politiques américains
expriment leur patriotisme en arborant un pin’s qui représente
le drapeau de leur pays. Avec le sien, Christian Kurtzke
entend montrer que Meissen est non pas une étape mais la
tâche de toute une vie. Quand il a du temps, il arpente un dédale
de couloirs conduisant à de multiples caves qui occupent
un vaste périmètre, il essaie de mémoriser la topographie des
lieux et examine les stocks. Parfois, il a l’impression d’être
un archéologue qui vient juste d’ouvrir une chambre mortuaire.
« Dans nos archives, nous avons 700 000 modèles et
plus de 200 000 produits sur une période de trois siècles, dit-il,
« aussi bien des pièces majeures que des accessoires. » Il a
toujours son smartphone à la main qu’il utilise pour photographier
certaines pièces et les montrer ensuite à des collaborateurs
et à des clients. Christian Kurtzke a trouvé par exemple
une tasse datant de 1760 dont la forme aux lignes épurées et
élégantes est extrêmement moderne. Commercialisée en 2010
comme tasse à café expresso, elle s’est vendue à ce jour à plus
de 10 000 exemplaires. Auparavant, il fallait compter jusqu’à
deux ans et demi avant qu’une nouvelle ligne de produits ne soit
mise en vente. « Parce qu’on avait toujours présent à l’esprit un
service avec de nombreuses pièces. » Au XXI e siècle, il faut fabriquer
aussi des pièces individuelles, des sets cadeaux et
concrétiser des idées spontanées. « Nous pensons en cycles de
quelques semaines », dit le manager. Dans l’atelier d’architecture,
de grands outils mystérieux sont accrochés à un mur, des
règles, des compas et des fi ls à plomb utilisés autrefois dans la
réalisation de revêtements muraux. Ce ne sont pas seulement
des objets décoratifs. Ils sont là pour rappeler aux architectes,
aux designers et aux gros clients que les choses sont faites à la
main. Pour s’en rendre compte, il suffi t de se déplacer dans les
couloirs d’une grande sobriété d’où l’on a banni le superfl u. L’air
saturé de poussière et l’odeur des peintures en témoignent :
nous sommes bien dans une manufacture. Au musée, à côté
des ateliers de production, qui attirent chaque année des milliers
de visiteurs, on voit surtout d’opulentes statues et des fi gurines
d’animaux aux couleurs éclatantes et aux nombreuses dorures.
Par son architecture aux lignes droites, le
musée aux grandes fenêtres est à l’opposé du baroque caractéristique
de la marque à son origine. « La ligne Architecture
tranchera avec l’aspect opulent, royal et baroque de la porcelaine
de Meissen, telle que les gens l’imaginent. Par ses formes
modernes et épurées, elle ciblera une clientèle jeune et citadine.
Lignes claires, couleurs mates, dépouillement raffi né, de
grands classiques vont voir le jour. »
La porcelaine est un produit moderne, une synthèse de
la nature et de la technique, d’un travail manuel archaïque et
d’un design pointu. Dans l’atelier de production, les éléments
muraux sont posés sur des structures métalliques, à côté de
tasses, d’assiettes, de vases et de fi gurines. On voit bien que la
famille de produits s’agrandit. Les carreaux bruts sont grisblancs.
« Nous pouvons préparer n’importe quelle couleur dans
nos ateliers et ainsi réagir rapidement pour donner satisfaction
au client, quels que soient ses souhaits », dit Christian Kurtzke.
La matière en soi autorise cette souplesse d’adaptation et se
prête aux processus de production les plus divers. On peut lui
donner toutes les formes au coulage. Les carreaux peuvent être
lisses, structurés en surface ou décorés de manière originale
sans que la porcelaine soit détériorée par l’opération de garnissage-découpage.
Le directeur ne manque pas non plus d’imaginer
des fi gurines et des modèles en trois dimensions, par
exemple un crochet qui sort du mur. Des scènes surréalistes,
des possibilités infi nies. « Nous réinventons le mur. »
Chez Gaggenau, Sven Schnee s’intéresse aux caractéristiques
de la porcelaine. En partenariat avec la manufacture de
Meissen, il projette de donner une dimension nouvelle à l’identité
de la marque Gaggenau, présentée pour la première fois à
Pékin, fi n 2011. Pour habiller l’Heritage Wall de Gaggenau,
l’idée est de remplacer le sapin en provenance de la Forêt-Noire
par un revêtement de porcelaine. « Une formidable interaction
entre nature et haute technologie », dit Sven Schnee. Le design,
c’est un vrai trompe-l’œil, une illusion qui est le fruit du travail
artisanal. Meissen détient ici une réelle expertise. ¤
DROITE)
DE (PAGE BRAUN/ARTUR ZOOEY :
Complément d’information
www.meissen.com PHOTO