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6 Thinking the Future I
Selon Chris Bosse, de
fines membranes
doivent déplacer les
frontières de la structure
et de l’architecture et
transformer les tours
de bureaux sans
visage de l’ère du béton
en bâtiments basse
consommation durables
et vivables.
Bloc aff ublé de blanc
Une Tower Skin, censée valoriser la tour administrative
démodée de l’University of Technology de Sydney.
LAVA. Ce n’est pas seulement le nom du bureau d’architectes
de Chris Bosse (Laboratory for Visionary Architecture). C’est
aussi ce à quoi doit ressembler sa dernière création : de la
lave. Bientôt, ce que les locaux qualifi ent de bâtiment le plus
laid de Sydney rayonnera fi èrement la nuit, se détachant de la
métropole australienne, comme si du magma en fusion coulait
de la façade. Ou des motifs graphiques, selon l’humeur du
maître des lieux.
Il s’agit en l’occurrence de l’University of Technology de
Sydney (UTS), dont la tour administrative de 32 étages, la Broadway
Tower de 1969, doit être transformée. Depuis la pose de
la première pierre, les critiques qualifi ent le bâtiment de « vantard
», « rebelle » et « détesté ». Les diatribes devraient maintenant
cesser, grâce à une membrane enveloppant la tour. Cette
peau légère et fl exible pour façades se nomme « Tower Skin »,
elle est faite d’un tissu composite en nylon et éthylène tétrafl uoroéthylène
ou EFTE. C’est ce que LAVA projette d’installer autour
de la tour existante à l’aide d’une construction en acier. La
tension de surface permet à la peau d’épouser les formes des
éléments de façade et de toiture, pour un eff et visuel maximum
en consommant le minimum de matériau.
Une fois installé, le cocon remplit plusieurs fonctions : esthétique,
qui donne le lifting nécessaire à l’aspect béton des années
60 ; technique, car la membrane crée un microclimat qui
rend la tour plus facile à éclairer et à aérer ; et communicatrice,
car les DEL de la peau extérieure peuvent véhiculer n’importe
quel message. Fonction écologique enfi n : la Tower Skin peut
non seulement emmagasiner de l’énergie comme de gigantesques
panneaux solaires, mais elle peut aussi collecter l’eau
de pluie et la rendre utilisable.
L’idée a vite plu. The Independent a déjà demandé si
LAVA ne pouvait pas, de grâce, emballer tout le Barbican
Centre de Londres ou, en banlieue, le centre entier de Croydon
dans un tel « préservatif géant ». La critique spécialisée aussi a
réagi. Pour le projet de l’UTS Tower, LAVA a remporté le ZEROprize
Re-Skinning Award du World Urban Forum, parrainé par
l’ONU. Il récompense « les progrès révolutionnaires réalisés
dans la conception et le développement de technologies de
rénovation et de réaménagement d’anciens bâtiments qui améliorent
la qualité de vie ainsi que l’effi cacité énergétique ».
L’UTS n’a plus qu’à se lancer dans la révolution. L’université
dispose, certes, d’un plan directeur pour le City Campus
et des fonds nécessaires, mais elle se demande encore si elle
trouve, elle aussi, la force d’innovation pour le chantier de la
Tower Skin. L’école veut d’abord dépenser 120 millions de dollars
australiens pour une Business School dessinée par Frank
Gehry. Cependant, lors d’un débat public auquel il participait à
Sydney, la première question du public a été : « Vous ne pouvez
pas plutôt nous aider avec l’horrible Broadway Tower ? »