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Peter Zumthor est l’un des grands noms de l’architecture contemporaine, tout comme Jean Nouvel, Zaha Hadid, Daniel Libeskind, Frank Gehry, Rem Koolhaas, Oscar Niemeyer ou SANAA, à une seule diff érence près : il n’a jamais rien construit à Londres contrairement aux autres à qui l’on doit respectivement au moins un bâtiment. Maintenant, l’architecte suisse se rattrape puisqu’il conçoit cette année le pavillon d’été de la Serpentine Gallery, dans Hyde Park, à Londres. Il complète ainsi la liste de la fi ne fl eur de l’architecture mondiale d’avant-garde qui a déjà exercé ses talents ici, en plein cœur de Londres, montrant pendant trois mois – le pavillon ne reste pas plus longtemps en place – ce qu’elle imagine quand, soustraite aux contraintes bureaucratiques en matière de conception et à celles des maîtres d’œuvre, elle peut expérimenter à loisir sur la pelouse attenante à la galerie et repousser les limites de la pratique architecturale. Car, telle est l’idée sous-jacente au pavillon d’été : « Les structures éphémères sont petites mais elles restituent le langage de l’architecte tout aussi clairement que ses réalisations permanentes. Ce sont toujours des laboratoires où sont testées des méthodes et des matières nouvelles. Elles nous font pressentir tout ce qui est possible », selon Julia Peyton-Jones, directrice de la galerie depuis 1991. « Il s’agit aussi de donner une orientation positive au débat sur l’architecture contemporaine. » Les pavillons d’été sont ainsi devenus des réalisations phares. Les stars de l’architecture se pressent sur les rangs. Elles ne se font pas prier quand elles sont sollicitées par Julia Peyton-Jones. Les pavillons sont comme un regard tourné vers l’avenir, une piste de réfl exion pour les urbanistes, les chefs d’entreprise et les responsables politiques. Ils sont en avance sur leur temps et permettent rétrospectivement de dresser l’inventaire d’un futur déjà conjugué au passé. En 2000, Julia Peyton-Jones a eu l’idée de permettre chaque été à un architecte de renom d’utiliser comme plate-forme la pelouse à côté de la galerie. Les directives valables pour tous jusqu’à présent : concevoir et réaliser en six mois une « œuvre accessible » de 300 m 2 . Le jour, ce lieu sert de café et le soir c’est un espace pour des concerts, des projections cinématographiques ou des débats. Les architectes ne doivent rien avoir construit jusque-là dans la capitale britannique, c’est la seule condition à remplir. Le budget est serré. Les matériaux sont fournis gracieusement par des entreprises qui d’habitude en font commerce. Elles fi gurent parmi les sponsors, aux côtés de nombreux particuliers et de bien d’autres fi rmes. Mis en place pour trois mois, les pavillons ouvrent en juillet. Les architectes de renom sont très motivés car ils peuvent donner libre cours à leur créativité, oser quelque chose d’inédit, jouer avec les formes et la matière, tester – également les réactions du public. Zaha Hadid, qui utilise à l’extrême la géométrie dans l’espace urbain, a « ouvert le bal » en 2000 avec un simple pavillon de toile fait de pans asymétriques soutenus par des piliers d’acier. En 2001, Daniel Libeskind a imaginé dix-huit pans tendus d’aluminium et montés sur une plate-forme de bois. Une structure en zigzag que les visiteurs ont surnommée ironiquement « Euclid on Acid » (« Euclide shooté au LSD »). En 2002, le pavillon de Toyo Ito, un simple cube d’acier et de verre avec des parois qui évoquent les facettes d’un prisme et modifi ent sans cesse les angles de vue et les perspectives, a été plébiscité par le public. En 2003, Oscar Niemeyer a incliné les murs de son pavillon d’acier, d’aluminium, de béton et de verre, leur donnant la forme des vagues, et tracé des courbes avec l’avant-toit. Sa règle d’or : « Un simple dessin doit rendre saisissable tout projet, grand ou petit. » En 2006, Rem Koolhaas a conçu un ballon dirigeable en nylon translucide, gonfl é d’air. Un an plus tard, Olafur Eliasson et Kjetil Thorsen ont réalisé une sphère de 15 m de hauteur avec une rampe extérieure, tendue de cordes de nylon blanc et déployée en spirale ascendante. Les visiteurs se retrouvaient ainsi à la hauteur de la cime des arbres. Frank Gehry a construit un pavillon fait de madriers et de surfaces vitrées, 53

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