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NewSpaces 06 FR

« Laboratorium 3 » – au Danemark, il a créé un espace tout blanc au Musée d’Art moderne Louisiana, avec une baignoire suspendue dans les airs car il fait plus chaud en hauteur (à droite). Il faut tirer parti du changement climatique, le credo de l’architecte. Dans « Convection » (à gauche, ci-dessus), l’air circule dans les murs par des fentes, créant ainsi des zones climatiques avec des températures différentes. « Interior weather », une installation pour le Centre canadien d’Architecture en 2006, représente un espace neutre rempli de capteurs pour l’enregistrement de données météorologiques (ci-dessous). PHOTOS : PR PHILIPPE RAHM 21 degrés, son taux d’humidité de 50 pour cent et son intensité lumineuse de 2000 lux ! Il veut rompre avec cette monotonie à la façon de Le Corbusier qui préconisait de renoncer à la symétrie. Il instrumentalise, quant à lui, l’invisible en architecture, jouant avec les saisons, avec l’air et la lumière, avec le jour et la nuit. Dans le cadre d’un concours d’urbanisme à Danzig, il a imaginé des lampadaires métalliques, aux formes futuristes qui, en plein jour, créent une nuit artifi cielle. Ils rafraîchissent l’air et l’humidifi ent. Un monde inversé qui deviendra bientôt réalité dans une zone piétonnière de Cracovie. « L’éclairage public des rues, qui a commencé à Londres en 1815 », dit-il, a transformé la société de façon dramatique. Il n’y a plus d’obscurité. Alors, il nous faut la réinventer. » La nature, c’est du passé depuis bien longtemps. « J’accepte qu’il n’y ait plus rien de naturel », assure-t-il. « Nous avons commencé par chauffer les pièces, créant ainsi un climat artifi - ciel. Maintenant, nous chauffons même l’atmosphère. Selon quel critère défi nir ce qui pourrait être naturel ? Il n’y a plus de différence entre dehors et dedans. » En 2008, à Bolzano, il a montré aux visiteurs de Manifesta 7 un soleil comme ils n’en verront jamais plus. « Climate Uchronia » est en effet la construction d’un faux soleil, tel qu’il brillerait à cet endroit si le réchauffement climatique n’existait pas, un ordinateur ayant servi à calculer toute la chimie atmosphérique. Privés de ce à quoi ils sont habitués, les sens doivent trouver de nouveaux stimuli. Philippe Rahm se lève d’un bond et revient avec une poignée de bonbons dans leur papier qu’il pose sur la table, de même qu’un pot de crème portant l’inscription « Eau de Chaleur ». « Nous ressentons de la fraîcheur lorsqu’un canal d’ions, le TRPM-8, est activé dans notre épiderme. Nous pouvons stimuler ce même capteur en mangeant un bonbon à la menthe. » Il affi che sur l’écran de son ordinateur une courbe de températures sur laquelle sont reproduites différentes épices. en orange. Le spectre lumineux empêche l’arrêt, habituel de jour, de la sécrétion de mélatonine, l’hormone qui joue un rôle clé dans l’organisation des rythmes biologiques. Le principe n’est pas réellement applicable pour faciliter le travail de nuit par exemple. « Il ne s’agit pas d’espaces réels », dit Rahm. « Il s’agit de l’interpénétration du macrocosme et du microcosme. » Ses travaux associent de manière déroutante art et technique, philosophie et sciences naturelles. Une précision digne d’un laboratoire sous-tend ses créations comme le purifi cateur qui recrée l’air « naturel » de Paris, le fi ltre pour le dépolluer, le fait circuler entre des rondelles de bois pour créer l’illusion en restituant à la ville une bonne odeur de forêt. L’architecture en tant que champ d’expérience ? « Je ne crois pas à la science comme à un dieu mais elle nous fournit d’importants instruments », dit-il. « Mon travail a de ce fait une qualité qui lui est propre, au-delà de son aspect technique ou conceptuel. Comme le disait l’écrivain Alain Robbe-Grillet, le raisonnable n’exclut pas l’imagination, la poésie. » Pour le pavillon suisse à la Biennale de l’architecture 2002, il a imaginé une installation reproduisant les conditions climatiques prévalant sur le Mont-Blanc : bien qu’au niveau de la mer, « Hormonarium » crée l’illusion. Les visiteurs se croient en haute montagne, à 3 000 m d’altitude. D’immenses machines font souffl er un air frais dont le taux d’oxygène et d’humidité a été abaissé. 528 tubes fl uorescents émettent une lumière très intense – jusqu’à 10 000 lux ! – proche de celle perçue sur un glacier. On peut même y bronzer. Un an plus tard, avec le projet ND Cult pour une exposition du Musée Migros d’Art contemporain à Zurich, Philippe Rahm a poussé ce principe à l’extrême. Il a abaissé le taux d’oxygène jusqu’à 6 pour cent, l’espace devenant une expérience limite entre la vie et la mort. Un symbole de la destruction de l’environnement par l’homme ? Ce serait une interprétation sim- « Il faut non pas se soumettre au changement climatique mais en tirer parti pour développer de toutes nouvelles formes. » Philippe Rahm « Le piment », dit-il en indiquant la crème. « Nous pouvons inversement réchauffer une zone plus froide en appliquant dessus une crème au piment. » Le jeu qui consiste à inverser « dedans » et « dehors » peut également être transposé à l’organisme humain. Dans « Diurnisme » (Centre Pompidou, 2007), il a créé avec une chronobiologiste une nuit physiologique artifi cielle dans une pièce éclairée Thinking the Future I 9 pliste. La réfl exion de Philippe Rahm n’a pas pour objet la planète. « C’est l’exploration du vide qui m’a intéressé dans ce projet ». Nietzsche était fasciné par le nihilisme qui lui permit de fonder sa philosophie sur l’inexistence de Dieu. Nous savons aujourd’hui que le manque d’oxygène au niveau du cerveau provoque des délires. L’expérience de mort imminente, la lumière au bout du tunnel sont liés à cela. Nous avons les mêmes sensations en altitude, quelle soit réelle ou imaginaire. Incroyable ! ¤

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